[article] Quels facteurs de vulnérabilité au jeu excessif ?

CP publication scientifiqueCommuniqué – 7 octobre 2015

D’après Blaszczynski et Nower (Revue Addictions 97 :487-499, 2002), il existe trois types de joueurs pathologiques, identifiés selon un modèle « évolutif » :

  • les joueurs « conditionnés », ayant souvent connu des problèmes de jeux dans leur famille ;
  • les joueurs « vulnérables émotionnellement », qui se caractérisent par un comportement dépressif et anxieux ;
  • et les joueurs « antisociaux impulsifs », qui présentent en plus des comportements antisociaux et/ou impulsifs.

Afin de valider la pertinence de ces groupes, une étude portant sur 372 joueurs pathologiques (cohorte JEU de cas témoins suivis sur 5 ans) a été menée par des équipes du Centre Médical Marmottan – GPS Perray-Vaucluse, du CHU de Nantes, de l’Université Paris-Ouest Nanterre la Défense, de l’Hôpital Louis Mourier de Colombes (AP-HP), du CH Sainte-Anne et de l’Hôpital Universitaire Sainte-Marguerite de Marseille. Les joueurs pathologiques ont été classés en groupes correspondant à ceux pré-cités, et soumis à des entretiens cliniques structurés portant sur différents critères : habitudes de jeux, caractéristiques socio-démographiques, croyances et attitudes face au jeu, profil psychopathologique, troubles l’attention, etc.

Une classification de joueurs excessifs pertinente mais à explorer

Les résultats de cette étude tendent à montrer que les caractéristiques et les pratiques des trois groupes de joueurs varient. Si les résultats de l’étude semblent valider l’existence des groupes définis par Blaszczynski et Nower, il apparaît que les groupes de joueurs « vulnérables émotionnellement » et « antisociaux impulsifs » présentent des caractéristiques différentes. A l’opposé, le groupe des joueurs « conditionnés » se situe entre les deux autres et peut difficilement être isolé.

Des pratiques de jeux différentes, influencées par les voies d’entrée dans le jeu

Concernant les pratiques de jeux, on note ainsi que les joueurs « antisociaux impulsifs » préfèrent les jeux reposant en partie sur des compétences (jeux de courses, paris sportifs), tandis que les joueurs « vulnérables émotionnellement » sont significativement attirés par les jeux de hasard (bandit manchot, jeux de grattage). Les joueurs « conditionnés » se situent entre les deux autres groupes et pratiquent pour la moitié d’entre eux les jeux de hasard et pour l’autre moitié les jeux reposant en partie sur des compétences ou des jeux de stratégie.

Deux grandes fonctions psychologiques de l’addiction au jeu

Les auteurs de l’étude proposent une présentation dimensionnelle de cette classification, entre impulsivité et automédication. D’un côté, les joueurs impulsifs, dont le profil ressemble à celui des toxicomanes, préfèrent le poker et les paris sportifs ; de l’autre, des personnes déprimées, anxieuses, jouent dans une optique d’automédication et préfèrent les jeux de hasard purs. Le groupe des joueurs conditionnés serait simplement un groupe intermédiaire.

Cette classification se rapproche d’autres modèles définis dans le domaine des addictions, notamment à l’alcool. L’impulsivité, l’automédication et le conditionnement peuvent être des facteurs décisifs dans toutes les formes d’addiction, avec ou sans substance. D’autres études pourraient permettre d’explorer davantage cette interprétation « fonctionnelle » des voies d’entrée dans les addictions.

Retrouvez l’intégralité de la recherche dans l’article publié dans Journal of Gambling Studies (en anglais, accès payant) :

« Towards a Validation of the Three Pathways Model of Pathological Gambling »

 

COHORTE JEU : Evaluation multiaxiale transversale et suivi d’une cohorte de joueurs français

En France, près de trois adultes sur cinq ont joué au moins une fois à un jeu de hasard et d’argent. La prévalence française des problèmes de jeu est estimée à 1,3 % de la population adulte (données baromètre santé 2010 OFDT/INPES). Le jeu pathologique représente typiquement un modèle d’addiction sans drogue, en devenant progressivement le centre de l’existence du joueur, au détriment de tous ses autres investissements habituels, l’exposant ainsi à de multiples et lourdes conséquences.

Tous les rapports ministériels ou scientifiques récents insistent sur l’importance de réaliser en France des études de cohorte consacrées aux problèmes de jeu, afin de mieux identifier les facteurs de précipitation du trouble, de rechute et de rétablissement, le statut d’un joueur étant variable dans le temps.

Ainsi, l’hôpital Marmottan a participé avec 6 autres équipes françaises à la constitution de la première grande cohorte de joueurs de jeux de hasard et d argent en France. L’objectif de cette cohorte est de suivre l’évolution des variables socio-démographiques et cliniques susceptibles d’expliquer le passage d’une pratique contrôlée à une pratique problématique du jeu, le recours aux soins et la résolution spontanée des problèmes de jeu.

Données recueillies

– données socio-démographiques

– données de pratique de jeu :
* sévérité de la pratique
* habitudes de jeu (mises, types et fréquence de jeu, etc.)
* parcours de jeu (de l initiation à la 1ère consultation)
* distorsions cognitives

– données cliniques :
* comorbidités psychiatriques et addictives
* profil de personnalité
* antécédents de TDA/H

Constitution de la cohorte

– Cohorte de base (phase 1) : 628 sujets (joueurs, 18-65 ans)

* 257 joueurs non problématiques (JNP)
* 167 joueurs problématiques non en soins (JPNS)
* 204 joueurs problématiques en soins (JPS)

– Cohorte potentielle pour le suivi (phase II) : 424 sujets

Deux articles viennent d’être publiés à partir de cette recherche. Tous les deux sont lisibles gratuitement sur le site de leur revue respective :

Dans le premier article, nous nous proposons d’identifier les facteurs prédictifs des changements clés dans la pratique des jeux de hasard. Ce travail peut aider à fournir une nouvelle perspective sur l’étiologie du jeu pathologique, afin de soutenir la recherche future, les soins et les actions préventives.

http://www.biomedcentral.com/1471-244X/14/226/abstract

Dans un second article, nous tentons d’identifier les profils de joueurs pour expliquer la préférence pour telle ou telle activité de jeu, parmi les joueurs compulsifs et sans problème.

http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs10899-014-9496-8