Encore un petit effort, Madame Buzyn

Dr. Michel Hautefeuille, psychiatre addictologue
Dr. Mario Blaise, psychiatre addictologue, chef de pôle.
Centre Médical Marmottan, Paris

La Ministre de la Santé de la France, n’écoutant que son courage et son appétit de savoir, lance une recherche audacieuse, répondant à la question : le cannabis n’aurait-il pas, par hasard et finalement, quelques vertus thérapeutiques. Cette décision aura été prise 23 années après la Californie ou l’Oregon, 16 ans après les Pays-Bas, 18 ans après l’Espagne. Parmi les 28 pays de la CE, 21 ont adopté le cannabis thérapeutique. La France non, la France fait des études. La ministre de la Santé actuelle, comme ses prédécesseurs, souhaite ne pas se précipiter en la matière, respecter un certain délai d’attente. Un délai d’attente qui se compte en décennies semble donc être un délai raisonnable pour nos décideurs. Le temps politique et le temps des patients n’est pas le même. Mais en attendant, 300.000 d’entre eux sont en état d’abandon et de souffrance.

Madame la ministre de la Santé de la France nous dit qu’il n’y a derrière tout cela rien d’idéologique. Bien sûr qu’il n’y a rien d’idéologique derrière tout cela, il n’y a que de l’hypocrisie. Pour exemple, il existe, en France un médicament, le Sativex, qui n’est pas disponible car les pouvoirs publics et le laboratoire n’ont jamais pu s’accorder sur un prix de vente. Au-delà de cette aberration administrativo-mercantile qui dure depuis 2014, si le prix du Sativex a été en discussion c’est qu’il avait subi avec succès toutes les études, expertises et essais cliniques indiquant qu’il était efficace par exemple dans « la spasticité dans la sclérose en plaques après échec des autres thérapeutiques ». Pourquoi Madame Buzyn veut-elle refaire ces recherches ? Dans le même ordre d’idée, les recommandations du comité scientifique spécialisé temporaire (sic !) sur l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France attendent une mise en œuvre que l’on imagine encore riche en péripéties. Madame la Ministre voudrait perdre du temps qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

Bien sûr qu’il n’y a rien d’idéologique derrière tout cela, il n’y que la force de la morale et la puissance des tabous. Au-delà de ce nouveau coup de bluff du même type que celui de l’été dernier où on avait voulu faire croire à l’ouverture de coffee-shop à la français, le problème reste toujours le même. La peur, le tabou du plaisir auxquels on est confronté, par exemple, dès que l’on ouvre le débat sur la légalisation. La ministre ne cesse de dire et de répéter que ce dont il s’agit c’est de médicament et non pas de plaisir. Le cannabis thérapeutique, on va voir. Le cannabis plaisir, surement pas.

Et pourquoi ? Pourquoi ne pourrions-nous pas rechercher un soulagement quand il est médicament, et un plaisir quand il est récréatif. La différence entre ces deux effets n’est souvent affaire que de dose, de cadre et de démarche.

Comme si ce dont il fallait se prémunir n’était pas de la drogue mais du plaisir. Et si par hasard un médicament donnait aussi du plaisir, où serait le problème ? En tous les cas, cette question ne gêne pas les législateurs américains. Ils viennent de décider à Denver et à Oakland de dépénaliser les champignons hallucinogènes pour traiter les dépressions, les états anxieux et les syndromes post-traumatiques.

Il y a un racisme anti-cannabique. On lui en demande beaucoup au cannabis pour qu’il soit accepté, pour qu’il puisse bénéficier du même traitement que les autres substances. S’inquiète-t-on avec le même empressement de savoir par exemple si le valium ne défonce pas, si le Lexomil ne fait pas tourner la tête ?

Tout cela ressemble à une lutte pathétique visant à repousser au plus tard possible l’inévitable légalisation du cannabis. Sont-ils si dangereux ces consommateurs dont le seul crime est de faire de la fumée avec une plante verte ? Il aura fallu attendre 23 ans après la Californie pour entendre parler de cannabis thérapeutique en France. S’il faut attendre autant pour le cannabis récréatif (cannabis récréatif en 2017 en Californie), cela veut dire que la prohibition du cannabis durerait jusqu’en 2040. Sans vouloir griller les délais raisonnables dont nous parlions, encore un petit effort, Mme la Ministre.

Et vous les consommateurs dociles et silencieux, puisque finalement vous acceptez aussi cette situation, réjouissez-vous !!! Des décennies à fumer du pneu d’origine inconnue, à un prix exorbitant, dans des conditions de vente rocambolesques qui vous transforment en petits délinquants, des décennies de clandestinité, d’hypocrisie et de pudibonderie vous attendent.

Cannabis thérapeutique : où en est l’Europe ? (article)

cannabisDans sa rubrique Santé, le Monde consacre cette semaine un article au cannabis thérapeutique.

Le ministère de la santé a annoncé l’autorisation de mise sur le marché du Sativex, un médicament à base de cannabis. Il pourra être prescrit, à partir de 2015, à certains patients atteints de sclérose en plaques. C’est la première fois qu’un dérivé du cannabis obtient une AMM en France, et les autorités assurent qu’il ne s’agit pas d’une légalisation du cannabis médical.

Pourtant, plusieurs de nos voisins européens autorisent depuis plusieurs années les cannabinoïdes pour un usage médical. Mais d’un pays à l’autre, les règles d’autorisation sont très variables. L’expression « cannabis thérapeutique » regroupe plusieurs formes de consommation : l’inhalation ou l’infusion de plants naturels certifiés ; des médicaments de synthèse, prescrits contre les nausées liées à certains traitements contre le cancer ou le VIH ; ou le Sativex, un spray buccal destiné aux personnes atteintes de sclérose en plaques.

En France, le Sativex n’est pas le premier cannabinoïde à être commercialisé. Depuis 2001, le dronabinol peut être exceptionnellement prescrit contre les nausées et vomissements de patients sous chimiothérapie. La procédure est toutefois complexe : il faut obtenir une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) de l’Agence nationale du médicament (ANSM), nominative, sur demande d’un médecin hospitalier, une fois tous les traitements autorisés essayés en vain. Depuis 2001, l’agence a reçu cent cinquante demandes et a accordé une centaine d’ATU seulement.

Les ordonnances de Sativex, qui devraient apparaître à partir de 2015, resteront elles aussi très restrictives : le médicament ne pourra être prescrit que pour traiter la spasticité (contractures) liée à la sclérose en plaques de patients adultes, résistante aux autres traitements.

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