Publication : Conseils aux politiques pour ne surtout rien faire en matière de drogues, tout en ayant l’air intéressé

Le Dr. Hautefeuille et le Dr. Blaise ont publié hier une tribune dans Libération, intitulée : « Conseils aux politiques pour ne surtout rien faire en matière de drogues, tout en ayant l’air intéressé ».

Depuis trente ans, quarante ans, bientôt cinquante ans, tout change, tout évolue, tout se transforme, tout, sauf la législation sur les stupéfiants. Ce sujet semble tellement terrorisant, politiquement dangereux, socialement instable, du moins le pensent-ils, que les pouvoirs publics et les politiques préfèrent renvoyer à plus tard ou noyer dans des nuages de fumée ce qui ne constitue même pas une politique de santé publique. Avec leur loi de 1970, le principe de base reste le même : le salut par la prohibition et la répression plus ou moins globales, plus ou moins brutales. Cette posture remplace toute réflexion, discours, échange…

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Colloque « Addictions et travail » à Avignon, le 30 novembre

Le vendredi 30 novembre aura lieu un colloque sur le thème de « Addictions et travail ». Il se déroulera de 9h00 – 17h00 à l’Hôtel de Ville d’Avignon. Il est organisé par le Centre de soins en addictologie« Guillaume Broutet »

Les Dr. Hautefeuille et Trabuc de Marmottan feront deux interventions.

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Portrait iconoblaste d’Alain Ehrenberg

Retrouvez l’interview d’Alain Ehrenberg dans les « portraits iconoblaste » de la revue PSN de Juin 2018 (Psychiatrie, Sciences humaines, Neurosciences.

Le sociologue répond à la question « Quelles images de la psychiatrie ou de la folie vous ont marqué ? »

https://www.cairn.info/revue-psn-2018-2-page-77.htm

Cannabidiol (CBD) le point sur la législation

La Mildeca a publié un point sur le CBD, que vous pouvez lire en intégralité ici : http://www.drogues.gouv.fr/actualites/cannabidiol-cbd-point-legislation

En résumé :

•  Les variétés de chanvre autorisées à des fins industrielles et commerciales sont réglementées et inscrites dans le Code de la santé publique ;
•  L’utilisation et la commercialisation de fleurs ou feuilles de chanvre, ou de produits obtenus à partir de ces parties de la plante, ne sont pas autorisées, quelle que soit la variété ;
•  Les e-liquides et autre produits à base de CBD sont  interdits s’ils contiennent du THC quel que soit la quantité et s’ils ne sont pas obtenus à partir de variétés et de partie de plantes autorisées;
•  Aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée notamment par les fabricants, vendeurs de produits contenant du CBD.
•  Toutes les publicités portant allégations de vertus thérapeutiques sont interdites (à l’exception des médicaments bénéficiant d’une AMM).

Les addictions chez les jeunes (14-24 ans) : synthèse et recommandations

Le Fonds Actions Addictions, la Fondation Gabriel Péri et la Fondation pour l’Innovation Politique ont réalisé une enquête portant sur la perception des addictions chez les jeunes et sur l’acceptabilité des différentes mesures de prévention et de soins. Le groupe mutualiste VYV soutient également cette enquête.

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Guide prescription du baclofène

Baclofène et troubles liés à l’usage de l’alcool. Recommandations de bonnes pratiques à l’usage des médecins et patients
Sylvie Imbert, Samuel Blaise, Jacques Bérard, Renaud de Beaurepaire, Amanda Stafford, Philippe Jaury, Association Baclofène, 2018, 30 p.

Ce guide pour la prescription de baclofène dans les troubles d’usage d’alcool a été rédigé par des patients experts et des médecins.

Depuis la découverte par le Pr Olivier Ameisen que le baclofène à haute dose peut produire un état d’indifférence vis-à-vis de l’alcool chez les personnes ayant des troubles d’usage d’alcool (TUAL), la prescription de baclofène chez les patients atteints de ces troubles a augmenté de façon exponentielle. Actuellement des centaines de milliers de patients atteints de TUAL bénéficient de ce traitement en France. Cependant, la prescription de baclofène est difficile à bien des égards. Tout d’abord, le traitement, qui consiste en une augmentation lente et progressive des doses, doit être adapté individuellement, certains patients ayant besoin de faibles doses pour atteindre un état d’indifférence, alors que  d’autres ont besoin de doses élevées ou très élevées. Ensuite, le baclofène produit de nombreux effets indésirables qui peuvent être très inconfortables pour les patients et parfois graves. Enfin, les patients doivent être fortement impliqués dans la gestion du traitement, car ce sont eux qui devront trouver le meilleur moyen de cibler l’heure du craving et déterminer la distribution de leur posologie sur la journée pour limiter l’apparition
des effets indésirables. L’alliance thérapeutique médecin-patient est donc un facteur stratégique dans la prise en charge du traitement par baclofène. Le présent article
est un guide écrit par des médecins et des patients guéris (« patients experts ») pour la
prescription de baclofène dans les troubles d’usage d’alcool.

https://www.baclofene.org/guide-de-prescription-du-baclofene/

Au sujet du Baclofène, lire aussi :

Prochain groupe de parole Entourage des Jeunes Consommateurs

Ce groupe de parole à destination de l’entourage est ouvert aux familles des jeunes, quel que soit l’objet d’addiction (cannabis, cocaïne, jeux d’argent, jeux vidéo…).

Une fois par mois, généralement le premier mercredi du mois, nous vous proposons une rencontre avec deux soignants de notre équipe.

L’objectif est de partager et d’échanger ses expériences, d’obtenir des informations et du soutien, mais sans entrer dans l’individualité des prises en charge.

Après la présentation des participants et de leur situation, nous proposons un second tour de parole autour d’un thème convenu lors de la séance précédente.
Exemples de thèmes précédents : la déception, les autorités.

Ces réunions sont anonymes et gratuites.

Inscription auprès du secrétariat de Marmottan : 01 56 68 70 30.

Prochaines dates :

  • mercredi 16 mai 2018, 17h (thème : grandir)
  • mercredi 6 juin 2018, 17h

à l’hôpital Marmottan, 17 rue d’armaillé, 75017 Paris

Signalement GHB / GBL : augmentation des cas d’intoxication et banalisation de la consommation en population générale

L’ARS Ile de France et le CEIP viennent d’envoyer un signalement sur l’augmentation des cas d’intoxication au GBL et la banalisation de la consommation en Ile de France :

L’ARS d’Ile-de-France et le CEIP-A de Paris souhaitent attirer l’attention des services d’urgences sur l’augmentation des cas d’intoxication au GHB/GBL en Ile de France et sur la nécessité de les déclarer afin de renforcer la veille sanitaire sur ce produit.

Le CEIP-A d’IDF a reçu des signalements provenant à des services d’Urgences, de réanimation et
d’addictologie, mais aussi des associations de réduction des risques (Fêtez clair, Techno Plus).
La GBL, précurseur du GHB, est un produit très accessible par les usagers (essentiellement via Internet), bon marché et apprécié pour un usage festif par une population jeune, plutôt masculine. On observe une banalisation de cette consommation, avec une diffusion vers un public plus large, de tout âge et néophytes.

Dans ce contexte récréatif, la prise de GHB/GBL peut être associée à une consommation d’alcool le plus souvent, qui concourt à la gravité de l’intoxication.
La disponibilité croissante du produit semble, de plus, être à l’origine de prises accidentelles.
D’autre part, le risque de pharmacodépendance avec ces produits existe.
Enfin l’usage dans un cadre de soumission chimique ou vulnérabilité chimique est à documenter, le cas échéant.

Source : Alerte sanitaire GBL.pdf
Voila la fiche de l’ARS et du CEIP sur le GHB/GBL : fiche ARS GHB GBL

[recrutement] Psychiatre et/ou addictologue

Site géographique de l’offre :

Centre médical Marmottan
17, rue d’armaillé
75017 Paris
Métro : Charles-de-Gaulle-Etoile

Détail de l’offre :

Le centre Médical Marmottan recrute un(e) Médecin psychiatre ou addictologue, en tant que assistant ou praticien attaché.

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Vinum et circenses, ou quand l’économisme nuit gravement à la santé

Dr. Mario Blaise, psychiatre, chef de service du centre médical Marmottan
Dr. Marc Valleur, psychiatre, centre médical Marmottan

Depuis quelques mois, sans pour autant qu’il n’y ait de politique encore clairement définie concernant les addictions, plusieurs signaux inquiétants émanent du gouvernement : tentative de promouvoir les bienfaits du vin par rapport aux autres alcools, projet de privatisation de la Française des jeux, contraventionnalisation pour les fumeurs de joints…  Ces mesures semblent plus motivées par des considérations économiques que de santé.

Avec raison, plusieurs confrères addictologues ont réagi aux propos du Président de la République, qui a déclaré « il y a fléau quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin ».

En soutien à la ministre de la Santé, les addictologues rappellent que « vu du foie, le vin c’est bien de l’alcool », et que 50 000 morts par an – au moins – sont attribués à l’alcool en France.

Le « binge drinking » des jeunes gens, pour spectaculaire et inquiétant qu’il puisse être, n’est pas le principal « fléau » lié à la consommation d’alcool, et les risques hépatiques, cérébraux, cardiovasculaires ne frappent évidemment pas que des jeunes.

Rappelons donc à leur suite que l’on sait bien que vin, bière et alcools forts contiennent le même unique principe actif, l’éthanol, et que ce fait est connu depuis la découverte de cette molécule par Lavoisier. Seule change sa concentration, d’ailleurs en moyenne deux fois moins forte dans la bière que dans le vin.

Mais tout cela est su et connu depuis bien longtemps : au XIXe siècle, après les travaux de médecins comme Magnan ou Legrain, « l’assommoir » de Zola aurait dû rendre impossible cette défense du vin. Mais à l’époque déjà, les intérêts des viticulteurs étaient en France trop importants, et les discussions sur le « fléau », après une diabolisation de l’absinthe, finirent par aboutir en 1916 à une loi d’interdiction… de l’opium.

Pourquoi donc aujourd’hui encore nier l’évidence au point d’oublier un siècle de travaux sur l’alcool et l’alcoolisme ?

Pour les producteurs, il s’agit d’éviter que leur produit soit assimilé à une « drogue », à un fléau comme l’évoque le Président de la République, et d’essayer de faire du vin un emblème culturel national, un produit de plaisir associé à la fête et à la convivialité. Or, toute approche clinique sérieuse des addictions dans leur ensemble, démontre que, s’il est des substances ou des conduites plus addictives que d’autres, aucune ne peut être sans risque.

Comme pour le vin, il a été difficile de faire admettre que le jeu d’argent puisse être à l’origine d’une addiction souvent dramatique : le jeu devrait être associé à la légèreté, aux loisirs, au rêve, et non à la maladie, à la dépression, à la ruine et au suicide. Nous avons mis des années pour que le jeu excessif soit enfin considéré comme un problème sanitaire, et, comme pour le vin, il nous faut le rappeler sans cesse. Le projet de privatisation de la Française des jeux et les déclarations lénifiantes de sa directrice marquent un retour en arrière, au temps où l’addiction au jeu n’était pas censée exister.

« Il ne faut pas emmerder les Français », dit l’actuel Président de la République, reprenant la formule de Pompidou. Pas besoin de trop de règlements, ni de trop de régulations et laissons faire les uns et les autres, et notamment les marchands. La régulation est un cauchemar pour les marchands, qui rêvent d’un marché totalement libre, qui se régulerait tout seul, selon ses fameuses lois, promues au rang des lois divines ou des lois de la physique. C’est bien cette idéologie du marché qui transforme chaque citoyen – chaque cible pour les marchands – en clients sommés à la fois de consommer le plus possible, sans entraves et sans tabous, et de savoir se contrôler et trouver seul ses limites. Or nous savons combien, pour parvenir à la modération avec des produits possiblement addictogènes, nous avons besoin d’un environnement favorable qui ne considère pas que ces produits soient des « marchandises comme les autres ». L’alcool, le tabac, les médicaments et autres substances psychoactives, mais aussi le jeu d’argent et le sexe ne sont pas des « marchandises comme les autres ». Tout comme il existe, fort heureusement, des régulations pour diverses marchandises à risques, de l’énergie aux pesticides, en passant par les armes.

Il faut le redire, la plupart des objets d’addiction sont des « pharmaka  (le pluriel de pharmakon) à la fois remède, poison, et bouc émissaire », possiblement source de plaisir, voire médicaments bénéfiques, et « en même temps », de possibles poisons mortels.

Le vin est indéniablement une drogue très dangereuse, que notre culture permet à une majorité de citoyens d’utiliser de façon modérée ou festive.

Le jeu d’argent et de hasard est un passe-temps innocent pour une large majorité, mais il devient une véritable drogue pour ceux qui tombent dans une pratique addictive.

Après le jeu d’argent, l’OMS s’apprête à classer comme maladie l’addiction aux jeux en réseau sur Internet. Pourtant le jeu vidéo, loisir principal de notre civilisation, présente quantité d’avantages et de qualités… Sauf pour les quelques-uns qui en font un usage addictif.

Les temps ont changé depuis Pompidou, les intervenants en addictologie, en général plus habitués à dénoncer les excès de répression en matière de drogues illicites, se retrouvent à défendre des positions qui pourraient paraître liberticides. Le propos n’est pas de demander plus de prohibition ou de mesures sécuritaires, mais de ne pas, sous prétexte de liberté, continuer à déréguler certaines mesures comme la Loi Evin qui en matière d’addiction avait permis de belles avancées. Ne pas progressivement glisser d’un modèle contrôlé à un modèle libéral qui laisse les aspects sanitaires et sociaux au second plan, où une fois de plus la prévention et l’intervention précoce passeraient à la trappe.

Pour y voir clair, il faut cesser de croire à la réalité de la « ligne Maginot » qui sépare, avec une certaine mauvaise foi, les « drogues » d’un côté et de l’autre des marchandises qui ne seraient pas des « drogues » (c’est l’effet pervers de la diabolisation des substances illicites, d’innocenter a priori les autres produits). C’est autant la nature du produit que la régulation de son offre et de son usage qui permettent de définir sa dangerosité.

Pour chaque produit à risque, il faudrait une régulation adaptée et des informations suffisamment justes et précises pour réduire les risques liés à leur usage et, bien sûr, ne pas laisser aux marchands la responsabilité de cette régulation et de l’information. La crise actuelle des opiacés aux États-Unis est un « bon » exemple de  dérégulation par le marché et le système de soins, à l’origine d’une véritable épidémie de morts par overdose difficile à enrayer. Une légalisation contrôlée du cannabis, par exemple, pourrait facilement faire consensus dans le monde des addictologues, mais à condition de ne pas être sauvage et ultralibérale. En revanche, des projets comme la privatisation, même partielle, de la Française des Jeux ou le détricotage de la loi Evin, nous font craindre que le vent libéral entraîne des formes de déréglementation mal contrôlée, sans autorités de régulation : cela pourrait transformer le jeu d’argent en drogue presque aussi dangereuse que le vin.